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les tyrans de ce monde / Depuis Mai 2006

Le Maroc et la secte alaouite (2)

24 Avril 2017 , Rédigé par Ribaat Publié dans #MAROC (NEW)

Au nom de Allah le Tout Miséricordieux le Très Miséricordieux

Le Maroc et la secte alaouite (2)

Ribaat

Avril 2017

PARTIE 2

 

INTRODUCTION

Ribaat

Ci-dessus, une manifestation de musulmans et musulmanes contre la dépravation des lesbiennes (femen) à Rabat, le 04 Juin 2015.

L’étude de la pauvreté était indispensable dans une première approche d’un pays nationaliste illégitime en terre d’Islam qu’on appel « Maroc » tout comme ses acolytes au Maghreb, la Péninsule arabique,…sous le joug de la démocratie Franc-maçonnique et la dictature.

Après avoir lâché le peuple, d’autres maux de société feront surface à travers le magma des irresponsables au gouvernement pervers alaouite ; nous parlons de la prostitution qui gangrène le pays dans la fornication et l’adultère souvent accompagnés de consommation de drogue et d’alcool, aux yeux des autorités marocaines complices ! Alors que les autres fléaux est la pédophilie et l’homosexualité dégradantes !

Classé dans les archives criminelles sous le Dossier que vous lisez « le Maroc et la secte alaouite », suivant cette deuxième partie :

LA PEDOPHILIE, LA PROSTITUTION ET L’HOMOSEXUALITE AU MAROC

Prostitution : les résultats d'une étude dans quatre grandes villes du Maroc.

Ariane Salem, Vendredi 22 Mai 2015 à 17h43

Selon une étude scientifique, dont Médias 24 dévoile les résultats, la prostitution concerne des milliers de Marocaines et soulève d'abord des questions de santé publique. Peu éduquées, vivant souvent seules, leurs revenus permettent de faire vivre leurs proches. Les clients sont très majoritairement marocains.

Le film de Nabil Ayouch a dérangé par l'évocation de la prostitution, par les mots crus des dialogues, par la vulgarité de certaines séquences et enfin par la présence d'une certaine « clientèle » venue du Moyen Orient. Autant de transgressions. Mais au delà, y a-t-il des données objectives sur la question ?

Au-delà de la polémique suscitée par les premiers extraits du film Much Loved, Médias 24 dévoile les résultats d'une étude chiffrée menée au Maroc en 2011 sous l'égide du ministère de la Santé.

Tout d'abord, dans un article publié à la revue Farzyat le 20 Mai 2014, Meriam Cheikh, chercheuse en anthropologie, expose son travail d'ethnographie auprès d'un groupe de jeunes filles de Tanger pratiquant les « transactions sexuelles ». Elle explique que le profil des travailleuses du sexe au Maroc échappe aux typologies classiques.

« Il est de coutume de définir « la » prostitution au Maroc sans jamais interroger l'usage du singulier pour l'évoquer. C'est comme si, dès lors qu'il s'agissait d'une activité placée aux marges de la société (et de la réflexion) en raison de son caractère transgressif, déviant et « sale », celle-ci ne pouvait être pensée dans sa pluralité et sa complexité.»

L'étude menée sous l'égide du ministère de la Santé, auprès de travailleuses du sexe à Agadir, Fès, Rabat et Tanger, a quant à elle cherché à identifier les pratiques prophylactiques et la sérologie de ces femmes, tout en décrivant le quotidien de ces dernières et en tentant une extrapolation chiffrée.

Une enquête d'ampleur inédite

Entre 300 et 400 femmes ont ainsi été interrogées dans chaque ville. Cette enquête d'une ampleur inédite recèle des informations jamais révélées sur les particularités de ces femmes. Loin des clichés, l'étude renseigne sur l'âge, le statut, les raisons de l'initiation à la prostitution, l'environnement de travail et la clientèle des travailleuses.

Des femmes célibataires vivant seules avec plusieurs personnes à charge.

Le film de Nabil Ayouch suit 4 prostituées qui partagent leur vie et leur domicile. Quelles sont les réalités maritale et familiale révélées par cette étude ?

Entre 62 et 73% des travailleuses rapportent avoir été mariées, et actuellement séparées, divorcées ou veuves. La majorité d'entre elles l'ont été avant 24 ans. Très peu sont mariées (entre 0 et 2%) ou vivent en concubinage (entre 2 et 10%).

Dans leur grande majorité, les femmes interrogées vivent seules (entre 60 et 70%), mais soutiennent financièrement une ou plusieurs personnes (dans 50 à 80% des cas), en majorité plus de 3 personnes (entre 45 et 85% des situations). A peu près 40% des femmes interrogées à Agadir, Fès et Rabat soutiennent au moins un adulte, tandis que 53% des personnes à Tanger soutiennent deux adultes. Entre 38% et 56% ont des enfants à charge.

Seulement la moitié reporte avoir fréquenté l'école, et parmi elles la majorité n’ont fréquenté que l'école primaire. Quelques unes ont rapporté être scolarisés au moment de l'étude. Entre 30 et 35% des interrogées ont atteint le niveau du collège. Une proportion non marginale a atteint un niveau d'étude supérieur : entre 5% et 14% des sondées selon les villes.

Initiation au sexe et au travail du sexe.

La grande majorité des travailleuses déclarent avoir eu leur première relation sexuelle à l'âge adolescent, entre 15 et 19 ans (dans 58,5% à 66% des cas). L'âge médian se situe entre 17 et 18 ans. Une proportion importante déclare avoir eu leur premier rapport avant 14 ans (entre 11,6% et 19,3%). La majorité déclare que leur premier rapport fut avec leur mari et dans une deuxième mesure avec un ami et petit ami. Entre 11% et 25,7% déclarent avoir été forcées durant leur premier rapport.

L'âge médian d'initiation à la prostitution se situe entre 21 et 25 ans. Plus de 55% des femmes de chaque ville déclare avoir débuté, parce que poussées par la fatalité, se disant « incapables d'un autre travail ». Plus du quart dit « se faire ainsi plus d'argent qu'avec n'importe quel autre travail ».

Moins du quart déclarent qu'une autre femme de leur famille exerce la prostitution (Agadir 17,3%, Fes 22,1%, Rabat 22,4% et Tanger 16,7%).

Des travailleuses indépendantes exerçant chez leurs clients.

Les femmes présentées dans Much Loved ont choqué des internautes par leur grande indépendance et leurs manières fortes. Au visionnage des extraits, elles semblent toutes maîtresses de leur destin et autonomes. Qu'a-t-on pu observer sur le terrain au cours de l'enquête ?

A l'exception de Fès (44%), plus de la moitié déclarent ne pas avoir d'aide pour trouver des clients (Agadir, 59%; Rabat, 53%; Tanger, 84%). Parmi celles qui ont recours à un entremetteur, la majorité d'entre elles rapportent qu'il s'agit d'un ami (dans 56 et 90% des cas). Une proportion non négligeable rapportent passer par l'intermédiaire d'une agence ou d'un mac (18% à Agadir et Rabat, 35% à Tanger et 43% à Fès).

En grande majorité, la recherche de clients se fait par téléphone (entre 75 et 95% des cas). En deuxième lieu, la rue est un endroit de prédilection à Agadir, Rabat et Fès et les cafés à Tanger.

Dans la plupart des cas, la relation tarifée est consommée chez les clients (entre 62% à Tanger et 98% à Agadir). Le deuxième lieu populaire est la maison privée à Agadir, Rabat et Tanger, et l'hôtel à Fès.

Alors que la possession ou l'exploitation d'un « établissement destiné habituellement à la débauche ou à la prostitution » sont condamnés par l'article 501 du code pénal, peu sont celles qui rapportent travailler chez elles, ou chez un ami ou dans une maison close (entre 3 et 6%) à l'exception de Fès (22%).

Moins de 14% des femmes interrogées à Agadir, Rabat et Tanger rapportent avoir travaillé dans une autre ville au cours des 6 derniers mois, contre 40% parmi celles habitant à Fès.

Pour la majorité d'entre elles, le sexe tarifé est un revenu d'appoint (50% des femmes d'Agadir et Rabat, et plus de 70% de celles venant de Fès et Tanger). A Agadir, elles sont majoritairement salariées, à des postes qualifiés et non qualifiés. A Rabat et Tanger, elles exercent un travail domestique, tandis qu'à Fès, elles travaillent de façon prédominante en tant que vendeuse, commerçante ambulante.

Plus de la moitié des interviewées rapporte n'avoir eu qu'un seul client durant les 7 derniers jours.

Prophylaxie : une trop grande ignorance sur les risques infectieux.

Entre 15 et 25% des travailleuses du sexe interrogées reportent ne pas avoir utilisé de préservatifs avec leurs clients dans les 30 derniers jours.

La majorité des femmes déclarent avoir eu un usage occasionnel du préservatif au cours des 30 derniers jours (entre 43 et 54% des femmes interrogées) à l'exception de Tanger où elles déclarent un usage systématique du préservatif (58% des femmes interrogées). Les deux raisons les plus fréquemment évoquées pour la non-utilisation de préservatif sont l'indisponibilité et le fait que le partenaire ne le souhaitait pas.

L'écrasante majorité des interviewées ne disposait pas d'un préservatif au cours de l'interview.

Entre 55% et 68% des travailleuses du sexe à Agadir, Fès et Rabat mais en-dessous de 50% à Tanger ont entendu parler de maladies sexuellement transmissibles (hors VIH). Si à Agadir, Fès et Tanger, lorsqu’interrogées sur ce qui doit être fait à la découverte de symptômes d'IST, la réaction la plus citée est « trouver un traitement », la première réaction citée est de « s'abstenir de sexe jusqu'à disparition des symptômes, sans traitement ».

A l'exception de Fès (84,3%), presque toutes les sondées ont entendu parler du VIH. Parmi elles, 27,6% à Agadir, 17,7% à Fès, 5% à Rabat et 4,6% à Tanger connaissent des personnes vivant avec le virus.

La prévalence du VIH auprès des travailleuses interrogées était tout juste au dessus de 5% à Agadir (confirmant une épidémie plus concentrée dans cette ville), 2% à Fès et 1,4% à Tanger. La prévalence de la syphilis est plus importante.

Des clients en grande majorité marocains.

Une autre scène qui a frappé la sphère internet marocaine est celle présentant des clients saoudiens en compagnie des protagonistes, lesquels comparent leurs femmes saoudiennes à de la viande morte. Quel est le profil de la clientèle type des femmes de cette enquête ?

A Tanger et Agadir, autant de clients se sont déclarés mariés que célibataires. A Fès, 37% des clients sont mariés, 27% sont célibataires et 7% divorcés. A Rabat, près de 50% se déclarent célibataires pour 27% de mariés.

Parmi les origines des clients des 6 derniers mois, les Marocains vivant au Maroc représentent l'écrasante majorité des clients (entre 70% et 96%). Arrivent en second les MRE (entre 1,2% et 22%) puis les habitants des pays du Golfe (entre 0,8% et 6%).

Dans la grande majorité des cas, la relation est tarifée à un prix allant de 100 à 500 DH (entre 50% et 70% des cas).

Plus de 19.000 prostituées dans quatre villes.

Enfin, la question que soulève le film au sein de la société marocaine est la prévalence du commerce charnel au Maroc. Considéré comme un lieu privilégié du tourisme sexuel, les internautes se demandent de façon récurrente si le Maroc « vend plus ses femmes » qu'un autre pays dans le monde.

A travers le procédé de l'objet unique, l'enquête parvient à donner une estimation de la taille de la population des travailleuses du sexe dans les 4 grandes villes.

Avant le lancement de l'enquête, un objet unique a été distribué auprès de cette population (entre 800 et 1.000). Les femmes sondées qui rapportent l'objet unique sur l'ensemble des femmes sondées représentent le ratio des femmes identifiées par l'équipe sur l'ensemble de la population des travailleuses du sexe.

Par une règle de trois, l'étude donne une estimation du nombre de travailleuses du sexe dans les 4 grandes villes, soit: 1.556 à Agadir, 5.949 à Fès, 7.333 à Rabat et 4.234 à Tanger.

On compterait donc plus de 19.000 travailleuses du sexe, dans ces pôles urbains qui en excluent d'autres importants comme Casablanca ou Marrakech, et tout le reste du pays comme de petits villages du Moyen Atlas. De plus, ces chiffres ne prennent pas compte de la population masculine, autre réalité grandissante de la prostitution. On peut penser, sur la base de ces chiffres, que le nombre global est aux alentours de 50.000 personnes soutenant financièrement chacune deux ou plusieurs personnes. Il y a donc un aspect socio-économique, un aspect de santé publique qui viennent s'ajouter au registre moral.

Aux Pays-Bas, la population des travailleurs et travailleuses du sexe était estimée à 20.000 à 25.000 personnes en 2000 dont 90% de femmes. En France, une mission parlementaire a estimé la population à 18.000 à 20.000 personnes (dont 10 à 20% d'hommes).

Sources:

http://www.medias24.com/SOCIETE/155141-Prostitution.html

http://www.medias24.com/SOCIETE/pdf155141-Prostitution.html (PDF)

Reportage : prostitution à Marrakech : « ici, c’est Vice City »

Youssef Ait Akdim (contributeur Le Monde Afrique, Marrakech, envoyé spécial)

LE MONDE Le 23.05.2016 à 17h59 • Mis à jour le 23.05.2016 à 19h24

Les autorités marocaines maintiennent qu’il n’y a pas de prostitution dans le pays. Mais une plongée dans le Marrakech de la nuit en est un démenti formel.

Scène du film « Much Loved », de Nabil Ayouch.

Personne n’a envie de manger des pieds de veau à quatre heures du matin. Zeina si. La brunette de 25 ans a descendu dans la soirée quatre bouteilles de rosé et dansé comme une enragée. La nuit n’est pas finie, elle a besoin de tenir. Même si ses lentilles bleues océan lui piquent les yeux. Même si, après dix années à se prostituer à Marrakech, elle raccrocherait volontiers.

C’est elle qui a choisi ce boui-boui du centre-ville. Une terrasse où les noctambules se retrouvent sur des chaises en plastique avant l’aurore. Une des scènes de Much Loved, du réalisateur marocain Nabil Ayouch, s’y déroule. Zeina a entendu parler du film, toujours interdit au Maroc un an après avoir été présenté au festival de Cannes. « Pourquoi le voir, je le connais déjà », sourit-elle. Berbère originaire de Tiznit, à 330 km au sud de Marrakech, elle a un garçon et une fille à charge de deux pères différents. Aucun n’a reconnu son enfant. Alors elle se débrouille comme elle peut.

Quand elle n’engloutit pas soda et pieds de veau, Zeina (la « belle », en arabe) officie à l’Alcazar, un cabaret connu pour ses soirées de musique chaâbi. Les stars locales y maltraitent des violons à grand renfort de vocodeur. Le reste du temps, le raï coule à flots. Les bières Spéciale aussi. L’établissement est moins cher que ceux de l’Hivernage, le quartier des hôtels cinq étoiles, mais plus chic que les tavernes à soiffards de la rue de Yougoslavie. On est dans le milieu de gamme.

Car on ne vient pas à Marrakech pour admirer seulement le minaret de la Koutoubia, une mosquée construite au XIIe siècle, ou pour parcourir ses onze magnifiques golfs s’étirant au pied des montagnes de l’Atlas. La ville est mondialement célèbre pour ses autres plaisirs charnels. Hommes, femmes, enfants : il y en a pour tous les goûts, pour tous les prix. Une véritable industrie. L’actuel ministre du tourisme a eu beau affirmer sur un plateau de télévision en 2013 « qu’il n’y a pas d’industrie du tourisme sexuel au Maroc », « qu’on s’y rend pour sa culture, ses plages », il a bien dû concéder, gêné, l’existence « de comportements déviants ».

Une industrie prospère et tolérée.

Comme d’autres lieux, l’Alcazar a sa petite mécanique. A l’entrée, les cerbères sont tout sourires. « Marhba, marhba » (« bienvenue », en arabe). C’est à la sortie qu’il faut payer. Zeina insiste pour acquitter elle-même les 100 dirhams quand elle ressort avec un client. Sa voisine blonde, bien qu’elle rentre seule, doit elle aussi graisser la patte des videurs. Et les gros bras du cabaret ne sont pas seuls à l’affût. Quand un motard de la police prend en chasse les voitures des filles, inutile de discuter. « L’argent achète tout. Le policier, c’est 100 dirhams, comme le videur », assure Zeina.

Le Code pénal marocain prévoit des peines sévères pour la prostitution et la débauche, de deux à dix ans d’emprisonnement et des amendes pouvant aller jusqu’à 1 million de dirhams (environ 90 000 euros). En réalité, le sexe tarifé est largement toléré, surtout dans les villes touristiques.

Le cabaret de Zeina est enfoui dans les sous-sols de l’hôtel Atlas Asni, dont les publicités, via un tour-opérateur, s’étalent sur les murs du métro parisien. Au sous-sol, à l’Alcazar, les clients ne sont pas tous étrangers. Loin de là. L’hôtel est tristement célèbre depuis une attaque terroriste islamiste en août 1994. Trois jeunes fils d’immigrés marocains avaient visé à la mitraillette un groupe de touristes, en majorité espagnols. Bilan : deux morts, un blessé. Marrakech y a perdu une partie de sa réputation de paradis pour touristes. L’Etat et les professionnels ont beaucoup investi pour remonter la pente. Un luxueux Radisson Blu vient tout juste d’ouvrir ses portes au centre-ville. En dépit d’une réplique terroriste récente – en 2011, une bombe placée dans le café-restaurant l’Argana sur la place Jemaa-El-Fna, avait fait dix-sept morts dont huit Français –, le tourisme reste l’activité principale de la quatrième plus grande ville du pays.

« Les filles sont magnifiques »

Certains clients font honneur à la carte postale du Marrakech cosmopolite. Il faut aller au Montecristo pour rencontrer une plus large paillette de touristes étrangers : Londoniens issus de l’immigration pakistanaise, fils d’immigrés venus passer des vacances entre copains, retraités européens, dont des expatriés français. Le monde s’y divise en deux. D’un côté, des filles, presque toutes Marocaines, perchées sur des stilettos, robes de soirées et pochettes de contrefaçon. Deux danseuses blonde platine rajoutent un zeste d’exotisme. En face, des hommes seuls au regard scrutateur.

Pour tromper l’ennui et se donner de la contenance, on boit dans les deux camps des cocktails vodka-soda ou plus rarement du champagne. Le lieu semble avoir aussi sacrifié à la mode des bouteilles à feux de Bengale, mais c’est plutôt pour les tables déjà constituées. Comme tout bar à hôtesse à travers le monde, les filles affichent un air hautain, sourient jaune quand on les touche. Et comme toujours dans ce type d’établissement, il y a un client lourdingue qui est rappelé à l’ordre par un videur : « La prochaine fois, je te mets dehors. »

« Ici, c’est Vice City, s’exclame un touriste britannique. Les filles sont magnifiques mais trop chères. » Il est venu en groupe avec des amis, directement de Londres. Deux compagnies à bas coût et British Airways desservent quotidiennement la ville ocre. Passé 23 heures, Le Montecristo s’anime à la fois restaurant, club et bar à chicha lounge, l’ambiance est plus feutrée. La nuit avance, et les filles affluent, seules ou en bandes. « Ça excite les clients qui sont comme au marché. Ils comparent, soupèsent et font leur choix », commente Roxane, une Ivoirienne qui fait ses premiers pas dans ce monde dont elle ne maîtrise pas encore tous les codes. Elle dit vouloir intégrer une école de commerce au Maroc.

Zeina pense « tous les jours » à sortir de la prostitution. Mais il y a les factures à payer : le loyer (3 000 dirhams), le salaire de la nounou qui garde ses enfants (1 500 dirhams), bientôt l’école. Elle boit beaucoup et fume autant. Pour la nuit, elle peut demander 700 à 1 500 dirhams à ses clients. « Pour sortir, il faut se faire belle, s’habiller. Tout coûte de l’argent. Les soirs sans client, je perds de l’argent. Ce soir j’ai déjà bu trois bouteilles chez moi. » Les filles se battent pour les clients, si elles forment parfois des petits comités c’est pour aguicher et ne pas s’ennuyer. Evoquant une autre prostituée de l’Alcazar, Zeina s’agace : « L’autre est sale, elle le fait sans préservatifs et accepte les relations anales. » La discussion dérive sur les clients : les gentils, les mauvais payeurs, les beaux gosses, les violents, les Européens. Ce sont ces derniers que Zeina préfère. « Ils sont plus respectueux. Ils savent pourquoi ils sont là, mais je n’ai jamais eu à me plaindre. Et puis, ils paient. » Il lui est arrivé de recevoir de la fausse monnaie. Elle a dû retrouver son client et menacer de le dénoncer avant d’obtenir son dû.

« Si je vais en Europe, je pourrai refaire ma vie »

« Pour en vivre, la prostitution demande de la jeunesse et de la force, dit-elle. C’est un métier éphémère, sinon on se retrouve à faire le trottoir. » Elle rêve d’un mari qui la préserve et l’aiderait à élever ses enfants. Elle a déjà travaillé comme domestique, dès l’âge de 10 ans, quand ses parents ont disparu. Elle y a connu les mauvais traitements, la faim, les viols. Une vie d’esclavage qui lui a donné envie d’ailleurs. Récemment, un petit ami lui fait miroiter un mariage blanc pour aller en Italie. Elle a vu des images à la télévision qui donnent l’espoir de reprendre ses études, et de devenir quelqu’un. « Mais je le payerai, je ne veux dépendre de personne. Si je vais en Europe, je pourrai refaire ma vie, et élever mes enfants dignement même s’ils n’ont pas de père à l’Etat civil. »

Le risque pour Zeina est de dégringoler dans le monde de la nuit. L’économie des amours tarifées profite à des acteurs divers et sans états d’âme : tenanciers de bars et de clubs, videurs, taxis et policiers. C’est un marché avec de l’offre et de la demande, des gammes de produits, et des crises de surproduction. Les loueurs d’appartements et autres intermédiaires veulent de la chair fraîche et il en afflue, comme Zeina, de tous les coins du Maroc, et même d’ailleurs.

Dans un bar cradingue de la rue de Yougoslavie, dans le centre-ville, règne une ambiance plus lourde. Sous la lumière rouge, un chanteur à la voix aussi élimée que son costume-cravate distribue les dédicaces pour les clients et leurs accompagnatrices. Des campagnardes massives, qui ne décollent presque pas les lèvres de leur chicha. Ici les cadavres de bières Spéciale restent sur la table pour faciliter le décompte final. L’une des prostituées regarde, sans se cacher, un film pornographique sur un smartphone en mode cinéma. Et ce n’est pas Much Loved.

Source : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/05/23/prostitution-a-marrakech-ici-c-est-vice-city_4924929_3212.html

 

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