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les tyrans de ce monde / Depuis Mai 2006

IBM et les Nazis

13 Avril 2017 , Rédigé par Ribaat Publié dans #ETATS-UNIS

Au nom de Allah le Tout Miséricordieux le Très Miséricordieux

IBM et les Nazis

fusa2.free.fr

Organisation contre l'impérialisme américain.

28/01/2004

 

Posté en Mai-Juin 2009

Mise à jour Avril 2017

 

Auteur : AIAS, Le Monde

IBM promet d'"examiner" toute information sur sa collaboration avec le régime nazi. Le groupe informatique américain réagit ainsi à la parution du livre du journaliste Edwin Black "IBM et l'Holocauste". Cette enquête conduit-elle à une vérité historique passée inaperçue ? L'historienne Annette Wieviorka et le démographe Hervé Le Bras remettent en question certaines des conclusions d'Edwin Black.

Le livre s'ouvre sur une confrontation : d'un côté, un juif hollandais, Rudolf Martin, employé dans le camp de concentration de Bergen-Belsen au bureau de l'Arbeitsdienst, où les machines Hollerith gèrent les milliers de détenus, fichés en cartes perforées; et, de l'autre côté de l'Atlantique, Thomas J. Watson, patron d'IBM, qui peste contre sa filiale allemande, la Deustche Hollerith Maschinen Gesellschaft, ou Dehomag (fournissant lesdites machines), trop encline à échapper à son contrôle. En ce mois de décembre 1944, ce n'est pas la compromission de l'entreprise avec les nazis, trop ancienne pour n'être pas consentie, qui l'irrite, mais le manque à gagner, recettes et bénéfices semblant le seul motif du conflit.

Le ton est donné. Qui ne craint pas le jeu du spectaculaire. Comment comprendre l'alliance technologique et commerciale liant le nationalisme autoritaire du Führer et le capitalisme international d'International Business Machines ? L'enquête s'attache d'abord à comprendre l'histoire de l'entreprise, la plus puissante multinationale américaine , que Black présente comme allemande de naissance . Retour donc sur son inventeur , Hermann Hollerith, fils d'Allemands émigrés à Buffalo, dans l'Etat de New York. Né en 1860, ce jeune homme ne se contente pas d'imaginer un nouveau mode de comptage en vue de favoriser le recensement décennal de la population des Etats-Unis, mais suggère un calcul et une analyse qui invente le code-barres pour êtres humains . Un prototype, dès 1884, le qualifie pour réaliser en 1890 les premières machines de dénombrement automatique.

C'est une révolution, puisqu'aux cinq informations obtenues jusque-là, Hollerith substitue quelque deux cent trente-cinq renseignements. Soucieux de ne pas perdre le bénéfice d'une innovation aussi radicale, l'astucieux ingénieur ne fait que louer ses machines. Conscient du danger de cette emprise mondiale en germe, le gouvernement fédéral réagit au lendemain du recensement de 1900. L'affrontement tourne à l'avantage du pouvoir, qui ne renouvelle pas les brevets d'Hollerith (1906). Celui-ci tente alors d'interdire le recensement de 1910, en poursuivant pour malfaçon les machines Powers retenues pour l'opération. Finalement, il se résout au démantèlement de son éphémère empire.

Entre alors en scène Charlie Flint, magnat du commerce international, vendeur de canons et de navires de guerre, qui offre à Guillaume II les moyens de doter l'Allemagne d'une redoutable flotte aérienne et y gagne une réputation de marchand de mort . Ce champion du trust achète à Hollerith sa société, qui devient la Computing-Tabulating-Recording Company (ou CTR) et dont le nouveau directeur est Thomas Watson, entrevu au début de l'ouvrage. Vendeur d'exception, d'une ambition sans scrupules, l'homme a le culte de la conquête commerciale. Malgré la différence d'âge et de tempérament, le courant passe entre ces deux champions d'un réalisme cynique. Accusés d'entente illicite en 1912, condamnés à un an de prison, ils retournent l'opinion en faisant la preuve de leur formidable efficacité lors d'une inondation, où, organisant les secours, ils passent pour des héros. La grâce présidentielle s'impose. Watson la refuse fièrement, arguant de son innocence. Le jugement est cassé pour vice de forme. Rien ne l'arrête plus, et la disparition, en 1922, de Flint lui prépare un règne sans partage sur l'entreprise. C'est alors qu'il métamorphose la CTR en IBM.

Watson devient ainsi le Leader , figure centrale d'un endoctrinement que le bourrage de crâne, le répertoire de chants galvanisants ou les rassemblements quasi liturgiques transmuent en réelle mystique watsonienne . Cela pourrait déjà l'apparenter à l'Allemagne rêvée par Hitler, même si le moteur du rapprochement est plus sûrement l'exceptionnel investissement de la firme dans la République de Weimar. Aussi la Dehomag, filiale de l'empire évanoui d'Hollerith, passée sous le contrôle de la CTR, se révèle-t-elle sans surprise le meilleur élève à l'école d'IBM, qui s'essaie à la conquête de tous les espaces nationaux. Même si Willy Heidinger, à la tête de la Dehomag, a d'emblée de difficiles rapports avec Watson.

Dès lors, la façon dont la multinationale s'accommode de l'accession au pouvoir de Hitler ne surprend pas, et la crainte du préjudice moral, au vu d'un accord qui pourrait choquer, pèse peu face à l'harmonie fondamentale entre les deux fonds de commerce . Identifier, trier, dénombrer, discriminer, la grammaire est la même. Hitler est un précieux partenaire commercial , affirme Watson, d'autant que seule la Dehomag est capable de concevoir et de mettre en place les systèmes qui permettraient de distinguer clairement juifs et aryens. Du reste, Friedrich Zahn, président de la Société allemande de statistique et membre bienfaiteur des SS, s'extasie : Le gouvernement de notre Führer (…) est favorable aux statistiques. En 1939, il glorifie cet outil idéal : Cette source de connaissance est devenue indispensable au nouveau Reich, qui lui a attribué des tâches nouvelles et accrues, en temps de paix comme en temps de guerre.

La collaboration s'impose donc dès 1933 et, d'emblée, IBM prit même l'habitude d'anticiper les besoins des services gouvernementaux . On personnalise le système Hollerith en fonction des désirs du client, ici toujours plus exigeant. D'où la réaction enthousiaste d'IBM NY face aux perspectives ouvertes par le nazisme. L'identification des juifs est cependant ardue, la communauté juive allemande étant l'une des plus assimilées d'Europe. Comme, pour les nazis, la généalogie prime sur la seule pratique religieuse, un recensement toujours plus fin reste à l'ordre du jour. Dès juin 1933, la Dehomag requiert quelque neuf cents intérimaires pour la première enquête, dont les résultats commencent à être dépouillés dès septembre, alors que le New York Times stigmatise les premiers camps dès le 29 août.

Imperturbable, Watson se rend en Allemagne à l'automne, ancien colporteur élevé soudain au rang de premier diplomate privé des Etats-Unis grâce aux relations qu'il cultive parallèlement avec le secrétaire d'Etat américain Cordell Hull. Les pistes ainsi brouillées, l'alliance fonctionne à plein. Fasciné par cet autre pionnier qu'est Mussolini, Watson précise sa position de réserve : Différents pays exigent différentes formes de gouvernement, et nous devons veiller à ne pas donner l'impression aux habitants d'autres pays que nous cherchons à imposer un principe de gouvernement uniforme à l'échelle mondiale. Pendant ce temps, grâce à l'équipement et à l'assistance technique d'IBM, le bureau de la statistique du Reich affine encore la recherche généalogique. IBM pousse ainsi son développement technologique, tandis que la Dehomag communique avec éloquence sur la nouvelle inquisition : une publicité représente un œil géant suspendu dans les airs projetant l'image d'une carte perforée, avec le slogan : Les cartes perforées Hollerith vous permettent de tout voir.

Changement d'échelle dès 1935. Identification, exclusion, confiscation et aryanisation, le mouvement est achevé. Mais si la machine à broyer les juifs est visible, ses fondements technologiques échappent. La mécanique était davantage qu'un mystère, elle était invisible. Lorsque Watson vient à Berlin, en novembre, fêter les vingt-cinq ans de la filiale allemande, il se garde de prononcer la moindre critique à l'égard du régime. Mieux, il s'emploie à briser l'isolement du Reich par le biais de la Chambre de commerce internationale, ce qui lui vaut la croix du Mérite de l'aigle allemand. Insensiblement, de partenaire l'antenne allemande de la multinationale devient un rouage de la machine de guerre nazie, puisque, dès 1937, la mécanographie est un outil crucial pour la Wehrmacht. L'idéologie raciale tournant à l'obsession , l'entente entre les deux puissances devient une nécessité. Watson, inquiet du jeu trop personnel de Heidinger (patron de la Dehomag) et du partenariat délicat avec les nazis –lesquels usent de son arme redoutable au fur et à mesure de leurs annexions territoriales, élargissant le combat pour une terre Judenfrei –, fait une nouvelle fois le voyage de Berlin.

Mai 1939 : nouvelle vague de dénombrement, qui est conduite par 750 000 agents recenseurs. L'arme de la déportation de masse est au point, et Heydrich peut affirmer, au vu de la fulgurance du recensement du 17 décembre 1939 sur les terres conquises à l'est : Cela veut dire que l'évacuation sur une grande échelle pourra commencer après le 1er janvier 1940. Les profits de la Dehomag doublent encore entre 1938 et 1939. Toutefois, avoir été décoré par le Führer devient plus périlleux avec l'extension de la guerre en Europe, et Watson interroge le département d'Etat pour savoir s'il doit retourner sa croix. Comme Cordell Hull le renvoie à ses responsabilités, le businessman, prudent, apporte un premier soutien aux victimes du nazisme, en présidant un comité en faveur de réfugiés hollandais. Mais le FBI de Hoover commence à s'intéresser aux liaisons dangereuses d'IBM et de l'Allemagne nazie. Watson restitue alors sa médaille à Hitler. Le camouflet pousse la Dehomag à la sécession, même si, passé le premier mouvement d'humeur, les nazis font mine de calmer le jeu. Car créer une industrie mécanographique capable de dispenser l'Allemagne du recours à IBM se révèle utopique. Or comment continuer la guerre sans cartes perforées ?

Comparant les résultats géographiquement contrastés de la logique mécanographique (France et Pays-Bas), étudiant l'aide qu'IBM offre finalement au camp allié, Black revient longuement sur l'ultime service que les machines Hollerith rendirent aux nazis, en gérant les fichiers de déportés pour la solution finale . Ce fut la dernière rencontre des juifs d'Europe avec la mécanographie allemande.

Source : http://fusa2.free.fr/?Rub=Article&Act=Lire&Ent=1&ID=29

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